Sucette cannabidiol : dose réelle, absorption et statut légal · 8 min →

La Ferme du CBD : avis fondé sur ce qui est publiquement vérifiable

AR Par Alexandre Rousseau Mis à jour le 16.08.2026 · lecture 11 min

Les pages d’avis sur les boutiques de CBD racontent presque toutes la même chose : un test de plusieurs mois, une note sur dix, des pourcentages de clients satisfaits. Nous prenons le problème dans l’autre sens. Nous n’avons rien testé et nous ne notons rien : nous avons ouvert les documents que La Ferme du CBD publie, plus ceux que les administrations publient sur elle.

01La Ferme du CBD, que peut-on réellement vérifier avant de commander ?

La Ferme du CBD est la boutique en ligne éditée par GROW QUALITY SA, société anonyme suisse inscrite au registre du commerce du canton de Zoug. Nous n’avons testé aucun de ses produits. Ce qui suit repose uniquement sur des documents publics ouverts le 16 août 2026 : registre du commerce, mentions légales, fiches produits et bulletins d’analyse de la boutique.

Trois choses se vérifient sans quitter son navigateur : qui encaisse la commande, quels bulletins d’analyse sont publiés et pour quelles catégories, et sous quel régime réglementaire tombe le produit convoité. La qualité perçue, la réactivité du service ou la régularité des envois, non.

02Qui édite lafermeducbd.fr : une société suisse, pas une ferme française

Les mentions légales du site désignent GROW QUALITY SA, Lindenstrasse 14, 6340 Baar, en Suisse, avec Alexandre Bonvin comme directeur de publication. Le registre du commerce suisse confirme cette entité sous le numéro CHE-267.961.313, forme juridique société anonyme, statut actif, siège à Baar dans le canton de Zoug.

Le registre donne aussi l’historique, que le site ne raconte pas. La société a été constituée le 7 octobre 2020 et inscrite le 29 octobre 2020 à Lausanne, avec un capital de 100 000 francs suisses. Elle a transféré son siège à Lens, en Valais, en octobre 2022, puis à Baar en novembre 2023. Son but statutaire couvre la vente de produits à base de CBD, de tout produit issu du chanvre, et plus généralement de produits alimentaires et non alimentaires.

Deux écarts méritent d’être signalés. Le pied de page affirme que la boutique est « active depuis 2018 », soit deux ans avant l’inscription de la société qui l’édite, et nous n’avons trouvé aucune entité enregistrée derrière la marque avant octobre 2020. L’adresse française des conditions générales, à Démouville dans le Calvados, est celle d’un prestataire logistique chargé des retours, pas d’un établissement de la société. Éditer depuis la Suisse n’est ni un défaut ni une irrégularité, mais cela change ce que signifie « marque française » sur ce marché.

03Les bulletins d’analyse : réels, mais inégalement publiés

Chaque fiche affiche un encart « Tests en laboratoire ». C’est un bandeau de réassurance identique sur toutes les pages, qui ne prouve rien par lui-même. Le vrai document est ailleurs : un lien « Voir le test » ouvrant un PDF, présent sur certaines fiches seulement. Nous avons tiré au sort quatre produits dans chacune des huit catégories principales et regardé lesquels portent ce lien. Au 16 août 2026, vingt-trois fiches sur trente-deux.

CatégorieFiches avec bulletin d’analyse
Fleurs4 sur 4
Huiles4 sur 4
Résines4 sur 4
Concentrés3 sur 4
Gélules3 sur 4
E-liquides et pods1 sur 4
Infusions0 sur 4
Bonbons0 sur 4

Fumables et extraits sont donc bien documentés, les comestibles pas du tout dans notre échantillon. Les deux bulletins ouverts ne viennent pas du même laboratoire : celui de la fleur Super Skunk vient d’Eurofins Scitec SA, à Lausanne, accrédité ISO/IEC 17025 sous le numéro STS 0278 par le Service d’accréditation suisse ; celui de l’huile 10 % vient de Cannabis Analysis, à Lutry, dont le document n’affiche aucun numéro d’accréditation.

Ces bulletins ne portent que sur la teneur en cannabinoïdes. Aucun des deux ne rapporte de recherche de pesticides, de métaux lourds ou de contamination microbiologique. Celui de l’huile porte un numéro de lot, L192, daté du 19 novembre 2025, et précise lui-même qu’il ne vaut que pour le lot soumis au moment de l’analyse. Rien sur la fiche ne permet de savoir si le flacon expédié appartient à ce lot.

04Pourquoi une fleur vendue « 14 % » n’affiche que 5,38 % de CBD à l’analyse

C’est la mécanique que presque aucune page d’avis n’explique, et elle vaut pour toute la filière, pas seulement pour cette boutique. La Super Skunk est vendue sous l’intitulé « Green House 14 % ». Son bulletin Eurofins, échantillon P25-200.025 prélevé le 7 février 2025, rapporte 5,38 % de CBD et 9,41 % de CBDA.

Le CBDA est la forme acide présente dans la plante fraîche, qui se convertit en CBD sous l’effet de la chaleur. Le pourcentage affiché en boutique additionne les deux : c’est le CBD potentiel après chauffage, pas le CBD mesuré tel quel. Deux conventions coexistent, somme brute ou somme pondérée par un facteur de décarboxylation d’environ 0,877, et selon celle qu’on retient la même fleur se présente entre 13,6 % et 14,8 %.

Le même document mérite une seconde lecture. Il rapporte un delta-9-THC de 0,27 %, avec une incertitude de mesure de 0,03 point. Le seuil français est de 0,30 % depuis l’arrêté du 30 décembre 2021. Ce lot est donc conforme, avec une marge que l’incertitude annoncée par le laboratoire suffit à consommer entièrement. C’est le genre de détail qu’une note sur dix fait disparaître et qui se lit en trente secondes sur le PDF.

À l’inverse, le bulletin de l’huile 10 % rapporte 10,5 % de CBD pour un produit vendu à 10 %, avec un delta-9-THC non détecté au seuil de quantification de 0,05 %. Sur ce lot, l’étiquette est tenue. Le spectre complet et l’isolat ne se lisent d’ailleurs pas de la même façon sur un bulletin.

05Les produits ingérables au CBD n’ont pas d’autorisation dans l’Union européenne

C’est le point qui pèse le plus lourd sur une partie de cette gamme. Le règlement (UE) 2015/2283 qualifie de nouvel aliment tout ingrédient qui n’était pas consommé de façon significative dans l’Union avant le 15 mai 1997. Les extraits de cannabinoïdes en relèvent et exigent donc une autorisation préalable de mise sur le marché. Cette autorisation n’existe pas.

En France, cette règle est passée de la tolérance à l’application. Le 15 avril 2026, la Direction générale de l’alimentation a présenté aux syndicats de la filière un plan de contrôle national, applicable au 15 mai 2026, visant les denrées mentionnant un cannabinoïde sur leur emballage : bonbons, huiles sublinguales étiquetées complément alimentaire, gélules, capsules, chocolats, boissons et infusions. Les graines de chanvre et leurs dérivés directs, ainsi que les feuilles en infusion aqueuse, restent hors du dispositif, tout comme fleurs, résines, e-liquides et cosmétiques. Ce plan a fait l’objet d’une question écrite à l’Assemblée nationale, la n° 15714 déposée par Anna Pic le 9 juin 2026, restée sans réponse du ministère à la date de notre relevé.

La Ferme du CBD connaît ce calendrier : elle lui a consacré un article sur son propre blog. Certaines fiches portent même un avertissement signalant que la catégorie est concernée par les nouvelles restrictions applicables aux produits CBD alimentaires en France. Il est appliqué de façon inégale : présent sur les huiles et les bonbons, absent des gélules et des infusions, qui relèvent pourtant du même périmètre. Au 16 août 2026, ces quatre catégories restent en vente et commandables depuis la France : le plan du site recense 31 huiles, 5 infusions, 5 gélules et 4 bonbons.

Deux autres éléments du site vont dans le même sens. Sa page d’information générale affirme qu’en France « le CBD est de ce fait classé comme un complément alimentaire », ce qui contredit à la fois le régime du nouvel aliment et l’article publié par la boutique elle-même. Et la fiche de l’huile 10 % prête au produit des effets « anti-douleurs, anti-inflammatoires et relaxants » : une allégation de santé, non autorisée pour un extrait de cannabinoïde dépourvu de statut alimentaire. Nous ne reprenons pas ces affirmations à notre compte et n’attribuons aucun effet à ces produits.

06Le coût réel au milligramme, calculé sur les prix affichés

Le prix au flacon ne dit rien. Seul le coût par milligramme permet de comparer des formats différents. Le calcul n’utilise que des données publiées par la boutique et relevées le 16 août 2026 : prix affiché, contenance et dose déclarée par unité.

ProduitPrix affichéCBD déclaréCoût par mg
Huile 10 %, flacon de 10 ml39,90 €1 000 mgenviron 0,04 €
Bonbons Candy Zen, environ 30 unités19,90 €environ 300 mgenviron 0,066 €
Gélules Hippocrate, 30 unités de 10 mg29,90 €300 mgenviron 0,10 €

À quantité de cannabidiol identique, l’écart va de un à deux et demi. Le bonbon n’annonce qu’un nombre approximatif d’unités par sachet, ce qui rend son coût unitaire approximatif lui aussi. Ce calcul se refait en trois opérations sur n’importe quelle boutique et vaut mieux qu’un comparatif de notes, pour les huiles à 10 % comme pour les autres concentrations.

07La grille de lecture à appliquer vous-même

Ces quatre vérifications se font en quelques minutes, sur cette boutique comme sur ses concurrentes.

  1. La dose par unité, et non le pourcentage. Un pourcentage ne devient comparable qu’une fois converti en milligrammes puis rapporté au prix. Si la fiche ne donne ni contenance ni nombre d’unités, le calcul est impossible et c’est déjà une information.
  2. Le spectre et la forme du cannabinoïde. Spectre complet, spectre large ou isolat ne se lisent pas pareil sur un bulletin. Vérifiez aussi si le taux annoncé additionne la forme acide, ce qui gonfle mécaniquement le chiffre affiché.
  3. Le bulletin d’analyse et la concordance du lot. Un bandeau « testé en laboratoire » ne vaut rien sans document. Cherchez le PDF, son laboratoire, son accréditation, sa date, ce qu’il mesure, et son numéro de lot. Si rien ne relie ce numéro au produit reçu, le document atteste d’un lot, pas de votre flacon.
  4. Les mentions réglementaires. Pour un ingérable, l’absence d’autorisation de nouvel aliment dans l’Union est la règle, pas l’exception. Pour une mention « bio », le code de l’organisme certificateur doit apparaître : nous ne l’avons trouvé sur aucune des fiches d’huiles dites biologiques que nous avons ouvertes.

08Livraison et frais de port : le seuil affiché n’est pas celui qu’on croit

Le bandeau permanent du site annonce la livraison gratuite dès 50 € et une réception en 24 à 48 heures. La page dédiée est plus nuancée : la gratuité à 50 € correspond à l’option Shop2Shop, annoncée en J+2 à J+4. Les autres seuils sont plus hauts, de 65 € pour le Colissimo en boîte aux lettres à 4,95 € jusqu’à 120 € pour le Chronopost à domicile à 9,90 €, en passant par 75 € pour le Colissimo avec signature et 100 € pour l’Europe.

09Ce que nous n’avons pas pu établir

Nous préférons le dire plutôt que de combler les trous. La provenance du chanvre n’est indiquée sur aucune des fiches que nous avons ouvertes : ni pays de culture, ni producteur, ni variété inscrite au catalogue européen. Les huiles portant la mention « bio » n’affichent pas de code d’organisme certificateur. Les gélules sont dites fabriquées en France sans que le fabricant soit nommé. Nous n’avons pas commandé : rien à dire des délais réels, des colis ni du service après-vente. Le site affiche des widgets d’avis clients dont nous ne reprenons aucun chiffre, une note agrégée par un marchand sur son propre site n’étant pas vérifiable de l’extérieur. Enfin, notre relevé porte sur trente-deux fiches, pas sur les cent soixante que recense le plan du site.

10Questions fréquentes

La Ferme du CBD est-elle une entreprise française ?

Non. Le site est édité par GROW QUALITY SA, société anonyme de droit suisse immatriculée sous le numéro CHE-267.961.313, dont le siège est à Baar, canton de Zoug. Elle a été inscrite au registre du commerce en octobre 2020. L’adresse française des conditions générales est celle d’un prestataire logistique pour les retours.

Peut-on acheter légalement une huile ou des gélules au CBD en France ?

Le cannabidiol n’est pas autorisé comme nouvel aliment dans l’Union européenne, et le plan de contrôle présenté par la Direction générale de l’alimentation le 15 avril 2026, applicable au 15 mai 2026, vise le retrait des denrées mentionnant un cannabinoïde sur leur emballage. Fleurs, résines, e-liquides et cosmétiques ne sont pas concernés. C’est un statut réglementaire, pas un jugement sur un vendeur.

Comment savoir si un bulletin d’analyse correspond au produit reçu ?

En comparant le numéro de lot. Un bulletin sérieux en porte un, avec une date d’analyse et le nom du laboratoire, et ne vaut que pour ce lot : c’est écrit sur les documents eux-mêmes. Si l’emballage reçu n’affiche aucun numéro de lot, ou pas celui du document publié, le bulletin ne dit rien de ce que vous avez entre les mains.

Le CBD ne remplace aucun traitement médical. Son innocuité n’est pas établie pour les moins de 25 ans, les femmes enceintes ou allaitantes et les personnes sous traitement. L’ANSM a recensé, le 11 mars 2025, dix-sept catégories de médicaments présentant un risque d’interaction, dans une liste qu’elle précise non exhaustive. En cas de doute, la question se pose à un professionnel de santé, pas à une boutique. Pour situer la molécule, voir notre définition du cannabidiol.

Alexandre Rousseau

Alexandre Rousseau

Alexandre Rousseau est rédacteur pour The Green CBD. Il s'intéresse à la culture du chanvre et aux méthodes de production, et teste fleurs et produits CBD pour nos comparatifs et guides d'achat.


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Information & non-prescription · Réservé aux adultes 18+ · Aucune allégation thérapeutique · THC ≤ 0,3 % · Demandez un avis médical