Boisson CBD Carrefour : ce que dit le catalogue en 2026
01Trouve-t-on encore des boissons au CBD chez Carrefour ?
Au 17 août 2026, le catalogue en ligne de Carrefour ne référence plus qu’une seule boisson au cannabidiol : un thé glacé Jane citron violette, 35 mg par canette de 25 cl. Les eaux pétillantes Chilled et Divie ont gardé leur fiche produit, mais celle-ci indique un produit indisponible. La recherche « boisson CBD » sur le site ne renvoie aucune canette.
Voici le relevé complet, effectué le 17 août 2026 sur le catalogue en ligne. Les prix affichés dépendent du magasin et du mode de retrait, l’enseigne le signale sur ses fiches, et l’assortiment d’un hypermarché ne recoupe pas forcément ce que montre le site.
| Référence | Format | Statut au 17 août 2026 | Prix relevé |
|---|---|---|---|
| Thé glacé Lemon et Violet Relax CBD 35 mg, Jane | canette 25 cl | en vente, cannabidiol listé dans les ingrédients | 1,85 € (7,40 €/L) |
| Eau pétillante rose et poivre au CBD, Chilled | canette 25 cl | fiche en ligne, produit indisponible | aucun prix affiché |
| Eau pétillante citron gingembre CBD, Divie | canette 25 cl | fiche en ligne, produit indisponible | aucun prix affiché |
| Boisson pétillante framboise fleur d’oranger, Trip | canette 33 cl | en vente, sans cannabidiol dans les ingrédients | 2,29 € (6,94 €/L) |
Nous ne publions ni note ni compte rendu de dégustation sur ces canettes. Nous n’en avons goûté aucune, et une note ne répondrait pas à la question que pose ce rayon. L’offre bouge trop vite pour cela : la plupart des listes de boissons au CBD qui circulent en ligne décrivent des références qui ne sont plus commandables. La raison de ce mouvement n’est ni commerciale ni gustative, elle est réglementaire.
02Pourquoi une boisson au cannabidiol n’a pas de statut alimentaire dans l’Union
Une canette vendue au rayon boissons est une denrée alimentaire, et cette qualification commande tout le reste. Le règlement (UE) 2015/2283 définit un nouvel aliment comme une denrée dont la consommation humaine était négligeable au sein de l’Union avant le 15 mai 1997. Son article 6 est sans ambiguïté : seuls les nouveaux aliments autorisés et inscrits sur la liste de l’Union peuvent être mis sur le marché, comme tels ou utilisés dans des denrées alimentaires.
Le catalogue européen des nouveaux aliments, tenu par la Commission, traite le cannabidiol à l’entrée « cannabinoids ». Cette entrée indique que les extraits de Cannabis sativa L. et les produits dérivés contenant des cannabinoïdes non psychotropes sont considérés comme des nouveaux aliments, faute d’historique de consommation démontré. Elle précise que cela vaut pour les extraits eux-mêmes comme pour tout produit auquel ils sont ajoutés en tant qu’ingrédient. Les cannabinoïdes obtenus par synthèse relèvent du même régime.
Ajouter du cannabidiol à une eau pétillante revient donc à incorporer dans une denrée un ingrédient qui n’a pas franchi la porte d’entrée du marché alimentaire européen. Tant qu’aucune autorisation n’est inscrite sur la liste de l’Union, la boisson n’a pas de statut qui permette sa mise sur le marché comme aliment. Ce n’est pas un jugement sur la qualité du produit ni sur le sérieux du fabricant, c’est une question de statut.
Ce que le seuil de 0,30 % de THC ne règle pas
Deux textes sont régulièrement confondus. Le seuil de 0,30 % de THC, fixé par l’arrêté du 30 décembre 2021, encadre la plante de chanvre et ses extraits sur le terrain des stupéfiants. Une boisson peut respecter ce seuil sans que la question alimentaire soit tranchée pour autant : ce sont deux réglementations distinctes, avec deux procédures et deux logiques. Un produit parfaitement conforme au seuil peut rester dépourvu d’autorisation en tant qu’aliment, et les restrictions françaises successives se sont jouées sur ces deux terrains à la fois.
03Ce que montrent les rappels publiés sur RappelConso
RappelConso est le portail officiel des rappels de produits en France, et ses fiches sont diffusées en données ouvertes. Nous y avons cherché toutes les fiches dont le motif de rappel invoque la réglementation des nouveaux aliments. Au 17 août 2026, elles sont soixante-six, dont trente portent sur du chanvre ou du cannabidiol. C’est là que le cadre juridique cesse d’être abstrait.
- 13 novembre 2023 : douze références d’huiles et de gélules Novaloa, motif « nouvel aliment non autorisé au titre du règlement (UE) n° 2015/2283 ».
- 17 novembre 2023 : La Potion au CBD mangue exotique, bouteille plastique de 100 ml, vendue sur toute la France, même motif. Un liquide, donc, et pas seulement des huiles sublinguales.
- 2 avril 2024 : huile CBD 32 % Aroma-Zone, motif « présence de CBD. Nouvel aliment non autorisé », avec un risque déclaré de présence de substance interdite.
- 8 août 2024 : bonbons Astro High CBD, France entière, même fondement réglementaire.
- 4 septembre 2025 : bière de récolte à la fleur de chanvre, brasserie Winterholer, bouteille de 50 cl, retirée parce que l’usage de fleurs de chanvre biologique dans la recette a été identifié comme un aliment non autorisé au titre du même règlement.
- 11 février 2026 : bonbon Satyva, motif « substance non autorisée dans une denrée alimentaire (CBD novel food) ».
Aucune de ces fiches ne concerne Carrefour, et aucune ne vise les marques Chilled, Trip ou Divie : la recherche sur le champ des distributeurs comme sur celui des marques ne renvoie rien. Ce que ces fiches documentent n’est pas la défaillance d’une enseigne, c’est le fonctionnement ordinaire d’un marché où le produit n’a pas de statut stable. Un contrôle, un signalement, une analyse, et la référence sort du circuit.
04Chanvre ou cannabidiol : deux étiquettes qui se ressemblent en rayon
La confusion la plus courante en supermarché porte sur ce mot de chanvre. Le catalogue européen consacre une entrée distincte à Cannabis sativa L., et son contenu est très différent de celle sur les cannabinoïdes. Les graines de chanvre, l’huile de graines, les graines moulues, les graines partiellement déshuilées et les autres aliments dérivés de la graine pour lesquels un historique de consommation est démontré ne sont pas des nouveaux aliments. L’infusion aqueuse de feuilles de chanvre, lorsqu’elle n’est pas accompagnée des sommités florales et fructifères, ne l’est pas non plus, à condition que la variété figure au catalogue commun des espèces de plantes agricoles de l’Union.
La fiche de rappel de la bière au chanvre le résume mieux qu’un commentaire : « seules les graines, huiles de graines et infusions de feuilles de chanvre sont admises ». Toute la ligne de partage tient dans cette phrase. La graine se mange depuis longtemps en Europe, l’extrait non.
Cette frontière se vérifie dans le même magasin. Au 17 août 2026, le catalogue Carrefour propose des graines de chanvre décortiquées bio, 150 g à 11,59 € pour la référence Esprit Bio et 6,75 € pour la référence Superme, ainsi que des cosmétiques à l’huile de chanvre. Aucun de ces produits ne contient de cannabidiol ajouté. Ils occupent un rayon voisin de celui des canettes, avec la même feuille verte sur l’emballage, et un statut juridique qui n’a rien à voir. Le même raisonnement vaut pour une infusion de feuilles de chanvre, dont la composition exacte décide du régime applicable.
Lire la liste d’ingrédients plutôt que le nom du produit
Le nom commercial, la couleur de la canette et le dessin de feuille ne disent rien du statut. La liste d’ingrédients, si. Sur le thé glacé Jane, elle mentionne noir sur blanc « cannabidiol (35 mg/25 cl) » à la suite de l’infusion de thé vert, du sucre et des arômes naturels de violette. C’est un extrait ajouté, généralement sous forme de CBD hydrosoluble pour qu’il se disperse dans l’eau.
Trois réflexes de lecture, dans l’ordre où ils servent :
- Chercher le mot cannabidiol, CBD ou le nom d’un autre cannabinoïde dans la liste d’ingrédients, et non dans la promesse marketing du recto.
- Distinguer la graine de l’extrait : « graines de chanvre », « huile de graines de chanvre » et « hemp seed » désignent la graine, pas le cannabidiol.
- Sur une infusion, vérifier si l’étiquette mentionne des sommités fleuries : leur présence fait sortir la préparation du périmètre des usages considérés comme non nouveaux.
Un dernier point concerne les mentions de bien-être imprimées sur les canettes et sur les fiches produit. Le règlement (CE) n° 1924/2006 pose à son article 10 que les allégations de santé sont interdites sauf si elles sont autorisées et figurent sur les listes d’allégations autorisées. Une formule évoquant le stress ou le sommeil sur un packaging n’est donc pas une information validée, c’est un argument commercial.
05Pourquoi une référence vue un mois a disparu le suivant
Le mécanisme est visible dans le catalogue lui-même. Deux issues coexistent. Le retrait, d’abord : les fiches Chilled et Divie restent en ligne, mais affichent un produit indisponible, sans prix, avec la mention que l’article a quitté les rayons. La reformulation, ensuite, et c’est le cas le plus instructif. La référence Trip vendue aujourd’hui chez Carrefour est une boisson pétillante framboise et fleur d’oranger de 33 cl, dont la liste d’ingrédients comprend de l’eau gazéifiée, des jus de fruits à base de concentrés, de l’érythritol, du citrate de magnésium, du vinaigre de cidre, un extrait de crinière de lion, des arômes naturels et des extraits botaniques de mélisse et de camomille, plus un édulcorant à base de stévia. Pas de cannabidiol.
Autrement dit, la marque a remplacé le cannabinoïde par des plantes et des champignons dont le statut alimentaire, lui, ne pose pas de difficulté. La canette se ressemble, le rayon est le même, le positionnement aussi, mais l’ingrédient qui posait problème a disparu. Un lecteur qui se fie au souvenir d’une boisson au CBD achetée l’an dernier peut donc repartir avec un produit qui n’en contient plus, sans que rien sur le linéaire ne le signale.
06Où en est l’évaluation scientifique du cannabidiol
L’autorisation ne viendra pas tant que l’évaluation de sécurité n’aura pas abouti, et c’est le point où le dossier bloque depuis 2022. Le 9 février 2026, le groupe scientifique de l’EFSA sur la nutrition et les nouveaux aliments a publié une mise à jour de sa position sur la sécurité du cannabidiol comme nouvel aliment. Elle constate que les lacunes identifiées quatre ans plus tôt persistent, beaucoup des études parues depuis souffrant de protocoles non standardisés, de durées courtes ou de traitements médicamenteux concomitants.
Le groupe a retenu une dose sûre provisoire de 0,0275 mg par kilogramme de poids corporel et par jour, soit environ 2 mg par jour pour un adulte de 70 kg. Cette valeur ne vaut que pour des formulations de compléments alimentaires d’une pureté d’au moins 98 %, sans nanoparticules, dont le procédé de fabrication est jugé sûr et la génotoxicité écartée. Elle ne s’applique donc pas telle quelle à une boisson. Le groupe conclut par ailleurs que la sécurité du cannabidiol ne peut pas être établie pour les personnes de moins de 25 ans, les femmes enceintes ou allaitantes et celles qui suivent un traitement médicamenteux.
Mis en regard des 35 mg annoncés sur une canette de 25 cl, l’écart d’ordre de grandeur se passe de commentaire. Il explique aussi pourquoi les autorités traitent ces boissons par le statut plutôt que par l’étiquetage : tant que la question de fond n’est pas tranchée, aucun affichage ne peut la régler.