Interdiction du CBD en France : ce qui est vraiment interdit en 2026 · 8 min →

CBD Boiron : que vend vraiment le laboratoire, et sous quel statut

LR Par La rédaction Mis à jour le 17.08.2026 · lecture 10 min

01Le laboratoire Boiron vend-il vraiment des produits au cannabidiol ?

Oui. Sous la marque CBD by Boiron, le laboratoire commercialise deux gammes : trois cosmétiques destinés au massage et des Huiles Pures déclarées compléments alimentaires. Aucune de ces références n’est un médicament. Aucune ne dispose d’une autorisation de mise sur le marché, aucune n’est prescrite ni remboursée. Le catalogue est public sur le site de la marque.

Relevé le 17 août 2026 dans la rubrique « Nos produits CBD bien-être » de boiron.fr, ce catalogue compte quatre références. Trois portent la mention « produit cosmétique » : un gel crème « Assouplit et apaise » proposé en 40 g et en 120 g, un gel « Répare et relaxe » au format roll-on de 45 g, et une huile de massage sport. Les deux gels sont affichés à 14,70 € et l’huile à 22,90 €, avec ajout au panier directement sur le site.

La quatrième référence, les Huiles Pures, porte la mention « complément alimentaire ». Elle se décline en trois concentrations, 10 %, 15 % et 20 %, dans des flacons de 15 ml, et le site indique qu’elle n’est pas disponible à la vente en ligne : la marque renvoie vers ses pharmacies partenaires. La composition affichée tient en deux ingrédients, des triglycérides à chaîne moyenne issus de la noix de coco et un isolat de cannabidiol.

Référence relevée Statut affiché par la marque Format Vente en ligne sur boiron.fr
Gel crème Assouplit et apaise Produit cosmétique 40 g et 120 g Oui, 14,70 € le 40 g
Gel Répare et relaxe, roll-on Produit cosmétique 45 g Oui, 14,70 €
Huile de massage sport Produit cosmétique Flacon Oui, 22,90 €
Huiles Pures Complément alimentaire 15 ml, en 10 %, 15 % et 20 % Non, renvoi en pharmacie

02Médicament, denrée alimentaire, cosmétique : trois régimes sans rapport

La requête réunit deux univers que le droit sépare strictement. D’un côté une marque associée depuis des décennies au médicament, de l’autre des produits de bien-être au cannabidiol. Le rapprochement est naturel pour un lecteur, il ne l’est pas pour le régulateur : le statut d’un produit ne se déduit ni de l’identité de son fabricant, ni de son lieu de vente, mais de ce qu’il contient et de ce qu’il revendique.

Ce qu’est un médicament

L’article L.5111-1 du code de la santé publique le définit de deux façons. Par la présentation d’abord : toute substance ou composition présentée comme possédant des propriétés curatives ou préventives à l’égard des maladies humaines. Par la fonction ensuite : toute substance pouvant être utilisée chez l’homme pour établir un diagnostic médical ou pour modifier des fonctions physiologiques en exerçant une action pharmacologique, immunologique ou métabolique. Le même article ajoute qu’en cas de doute, un produit répondant à plusieurs définitions légales est considéré comme un médicament.

Un médicament n’arrive sur le marché qu’après évaluation d’un dossier de qualité, de sécurité et d’efficacité par une agence. Le cannabidiol a emprunté cette voie une fois : Epidyolex, dont il est la substance active, a obtenu une autorisation de mise sur le marché européenne le 19 septembre 2019, sous forme de solution buvable à 100 mg/ml, au nom de Jazz Pharmaceuticals Ireland Limited. Titulaire identifié, dossier déposé, indications délimitées. C’est un autre monde que celui des produits de bien-être, quelle que soit la marque qui les porte.

Ce qu’est un complément alimentaire

Le décret du 20 mars 2006 range les compléments alimentaires parmi les denrées alimentaires : une source concentrée de nutriments ou d’autres substances ayant un effet nutritionnel ou physiologique, commercialisée en doses mesurées, notamment sous forme de gélules, de comprimés, d’ampoules ou de flacons compte-gouttes. Le texte exclut expressément les médicaments de son champ et interdit d’attribuer à ces produits des propriétés de prévention, de traitement ou de guérison d’une maladie humaine, ou même d’évoquer de telles propriétés.

Il n’existe pas d’autorisation préalable pour un complément alimentaire. Le régime est déclaratif : le fabricant ou l’importateur déclare le produit à l’administration, en joignant un modèle d’étiquetage et les éléments permettant d’en apprécier la composition. Personne ne valide une efficacité avant la mise en vente, et la mention « complément alimentaire » sur un flacon n’est donc pas un agrément, seulement une catégorie.

Sur le cannabidiol, deux points méritent d’être connus. Le Cannabis sativa ne figure pas à l’annexe I de l’arrêté du 24 juin 2014 qui fixe la liste des plantes autorisées dans les compléments alimentaires ; les deux seules entrées à consonance proche, le chanvre bâtard et le chanvre d’eau, désignent des plantes sans rapport, Galeopsis segetum et Lycopus europaeus. Au niveau européen ensuite, le cannabidiol n’est pas autorisé comme nouvel aliment au titre du règlement 2015/2283, ce qui lui interdit toute allégation de santé et laisse son usage alimentaire dans une zone juridique disputée. Ce constat vaut pour l’ensemble du marché français des compléments alimentaires au cannabidiol, sans distinction d’enseigne.

Ce qu’est un produit cosmétique

Le règlement européen 1223/2009 définit le produit cosmétique comme une substance ou un mélange destiné à être mis en contact avec les parties superficielles du corps humain, les dents ou les muqueuses buccales, en vue de les nettoyer, de les parfumer, d’en modifier l’aspect, de les protéger, de les maintenir en bon état ou de corriger les odeurs corporelles. La définition se referme sur un périmètre de surface, ce qui exclut par construction toute action thérapeutique revendiquée.

Là encore, aucune autorisation de mise sur le marché. Le règlement impose une personne responsable identifiée, un dossier d’information produit conservé et tenu à disposition des autorités, une évaluation de la sécurité, et une notification auprès de la Commission européenne avant la commercialisation. Les allégations doivent être étayées, les preuves des effets revendiqués faisant partie du dossier. Le contrôle est documentaire et s’exerce après coup, pas sous forme de feu vert préalable.

Régime Texte de référence Autorisation avant vente Allégation de santé
Médicament Article L.5111-1 du code de la santé publique Oui, sur dossier évalué Oui, dans les indications autorisées
Complément alimentaire Décret du 20 mars 2006 Non, régime déclaratif Non pour le cannabidiol, faute d’autorisation nouvel aliment
Produit cosmétique Règlement européen 1223/2009 Non, notification et dossier Non, action limitée aux parties superficielles

03Pourquoi « vendu en pharmacie » ne dit rien du statut

L’argument revient dans presque toutes les pages consacrées au sujet : le produit serait sérieux parce qu’il passe par l’officine. Le monopole pharmaceutique, défini à l’article L.4211-1 du code de la santé publique, réserve aux pharmaciens la préparation et la dispensation des médicaments, les objets de pansement conformes à la pharmacopée, les plantes médicinales inscrites à la pharmacopée, certaines huiles essentielles et les dispositifs médicaux de diagnostic in vitro destinés au public.

Ni les cosmétiques ni les compléments alimentaires n’y figurent. L’article écarte même explicitement les produits cosmétiques et les denrées alimentaires du champ des huiles essentielles réservées. Une pharmacie peut donc vendre ces produits, aucune règle ne l’y oblige et aucune règle n’en réserve la vente à l’officine. Distribuer une gamme exclusivement en pharmacie relève du choix commercial, pas de la contrainte réglementaire, et ce choix ne déplace pas d’un millimètre le statut juridique du produit.

La réciproque compte davantage encore. Un flacon acheté au comptoir, sous un nom que le public associe au médicament, reste un complément alimentaire ou un cosmétique. Pas de numéro d’autorisation de mise sur le marché, pas d’ordonnance, pas de prise en charge, pas d’évaluation d’efficacité par une agence. Cette confusion explique en grande partie pourquoi tant de recherches associent une marque de pharmacie et le cannabidiol, et c’est aussi ce qui rend utile de savoir lire une étiquette d’huile de CBD avant d’acheter.

04Le seuil de THC, seule règle commune aux trois régimes

Un point traverse les trois statuts sans distinction : la teneur en tétrahydrocannabinol. L’arrêté du 30 décembre 2021 fixe à 0,30 % la teneur maximale en THC des variétés de chanvre dont la culture, l’importation et l’utilisation industrielle et commerciale sont autorisées en France. Cosmétique, denrée ou médicament ne relèvent pas des mêmes procédures, mais la molécule classée comme stupéfiante reste la même pour tous, et c’est elle que la réglementation du chanvre encadre.

Le recours à un isolat, forme purifiée où le cannabidiol est séparé des autres cannabinoïdes de la plante, répond directement à cette contrainte : c’est la formule que la marque déclare pour ses quatre références. Ce choix a un revers connu et rarement dit sur les pages de marque : un isolat ne contient, par définition, aucun des autres composés de la plante. Il ne s’agit ni d’un gage de qualité supérieure ni d’un défaut, mais d’une orientation de formulation, qui distingue ces produits des extraits à spectre large ou complet que l’on trouve ailleurs, y compris parmi les huiles de massage au CBD.

05Comment vérifier vous-même le statut d’un produit

  1. Cherchez la mention de catégorie sur l’emballage ou la fiche produit. « Complément alimentaire » et « produit cosmétique » sont des mentions que le fabricant doit afficher, et elles suffisent à trancher.
  2. En cas de doute, la base de données publique du médicament recense les spécialités autorisées en France. Un produit qui n’y figure pas n’est pas un médicament, quel que soit le nom sur la boîte.
  3. Lisez le vocabulaire employé. Ni une denrée ni un cosmétique ne peuvent citer une maladie ou promettre un traitement. Une communication qui le fait sort du cadre, quel que soit l’émetteur.
  4. Regardez le circuit et la prise en charge. Un produit vendu sans ordonnance et non remboursé n’appartient pas au régime du médicament, même vendu derrière un comptoir de pharmacie.
  5. Posez la question à un pharmacien ou à un médecin en indiquant vos traitements en cours. C’est le seul interlocuteur habilité à répondre sur votre situation personnelle.

06Ce qu’aucun statut ne garantit

Le classement réglementaire décrit une procédure, il ne certifie pas une fabrication. Le 19 juin 2025, l’Anses et l’ANSM ont indiqué que huit produits au cannabidiol sur dix présentent une teneur différente de celle annoncée sur l’étiquette, et ont recensé plusieurs centaines d’intoxications depuis le début de 2024, imputables principalement à des cannabinoïdes de synthèse ou à un THC supérieur au seuil autorisé. Le constat porte sur le marché dans son ensemble et ne désigne aucune enseigne en particulier.

Le 11 mars 2025, l’ANSM a publié une liste non exhaustive de dix-sept catégories de médicaments susceptibles d’interagir avec le cannabidiol, et rappelé que les centres antipoison avaient recensé cinquante-huit cas entre 2017 et 2023. L’EFSA, de son côté, n’a pas établi la sécurité du cannabidiol pour les personnes de moins de vingt-cinq ans, les femmes enceintes ou allaitantes et les personnes sous traitement, et son évaluation ne vaut que pour des isolats d’une pureté supérieure à 98 %.

Rien de tout cela ne se lit sur un emballage, et aucune notoriété de marque ne s’y substitue. Si vous suivez un traitement, si vous êtes enceinte ou si vous allaitez, la réponse ne se trouve ni sur une page de marque ni ici : elle appartient à votre médecin ou à votre pharmacien, seuls à disposer de votre dossier.

Ce que nous avons fait pour écrire cette page : ouvrir le catalogue public de la marque et relever ce qu’elle y déclare, puis rapprocher chaque mention de son texte de référence. Nous n’avons testé aucun produit, recueilli aucun avis d’utilisateur et n’attribuons aucune note. Les prix, formats et disponibilités cités ont été relevés le 17 août 2026 et peuvent évoluer.

La rédaction

La rédaction

La rédaction de TheGreenCBD écrit et met à jour les articles du site à partir de sources publiques : textes officiels, décisions de justice, avis des agences sanitaires, études publiées, fiches produit et bulletins d'analyse. Les articles ne sont pas attribués à une personne en particulier. Notre méthode est décrite sur la page « Comment nous travaillons ».


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Information & non-prescription · Réservé aux adultes 18+ · Aucune allégation thérapeutique · THC ≤ 0,3 % · Demandez un avis médical