Interdiction du CBD en France : ce qui est vraiment interdit en 2026 · 8 min →

CBD pour cheval : ce que montrent les études et ce que la loi encadre

LR Par La rédaction Mis à jour le 08.10.2026 · lecture 7 min

01Peut-on donner du CBD à un cheval ?

Aucun produit au cannabidiol n’est autorisé pour l’animal en France, et aucune dose n’a été validée chez le cheval. Le cheval est en outre, par défaut, un animal destiné à la consommation humaine, et le cannabidiol n’a pas de limite maximale de résidus. En compétition, il figure sur la liste des substances contrôlées de la FEI. La décision appartient au vétérinaire.

Les pages qui proposent une dose selon le poids et les symptômes de l’animal ne s’appuient sur aucun essai ni sur aucune autorisation. Elles ignorent surtout ce qui distingue le cheval du chien ou du chat : son statut sanitaire, qui engage le propriétaire bien au-delà de la question de l’efficacité. C’est par là qu’il faut commencer.

02Ce que dit l’Anses : un produit de santé animale doit être autorisé

Le 14 février 2023, l’Anses a rappelé que les produits contenant du THC ou du cannabidiol et revendiquant des allégations thérapeutiques en médecine vétérinaire relèvent du statut du médicament vétérinaire. Ils doivent à ce titre être autorisés par l’Anses ou par la Commission européenne, sur la base d’un dossier évalué selon des critères de qualité, de sécurité et d’efficacité. Aucun produit au cannabidiol ne dispose aujourd’hui d’une telle autorisation.

L’agence ajoute que de nombreux médicaments vétérinaires sont autorisés pour la prise en charge de la douleur, et que lorsque les traitements conventionnels sont insuffisants ou mal tolérés, l’utilisation de la « cascade » reste possible dans le respect de l’article L. 5143-4 du code de la santé publique. Autrement dit, la voie existe, mais elle passe par une prescription vétérinaire, pas par une boutique.

03Le cheval n’est pas un chien : le statut d’animal de boucherie

C’est le point que les guides grand public passent sous silence. L’Institut français du cheval et de l’équitation rappelle que, depuis le 7 juillet 2021, le règlement (UE) 2021/963 ne permet plus d’exclure un équidé de la consommation humaine par simple choix de son propriétaire. Le statut d’un cheval vis-à-vis de l’abattoir ne dépend plus que de sa traçabilité sanitaire, et en particulier des traitements qu’il reçoit.

Avant tout traitement, le vétérinaire doit consulter ce statut. Selon les substances employées, l’IFCE distingue trois issues :

Substance administrée Conséquence pour l’équidé
Médicament autorisé contenant une substance avec limite maximale de résidus Reste dans la chaîne alimentaire, avec le temps d’attente de l’ordonnance
Substance dite essentielle, employée au titre de la cascade Exclusion temporaire de six mois, inscrite au document d’identification et dans la base SIRE
Substance du tableau 2 du règlement 37/2010, ou toute substance dépourvue de limite de résidus Exclusion définitive de la consommation humaine

Nous avons consulté la version consolidée du règlement (UE) n° 37/2010 au 16 août 2026, qui fixe les limites maximales de résidus des substances pharmacologiquement actives. Le cannabidiol n’y figure pas. Le seul nom qui s’en approche est celui d’Apocynum cannabinum, une plante sans rapport, admise uniquement en homéopathie. Le régime décrit par l’IFCE vise les médicaments vétérinaires ; un complément vendu hors de ce circuit n’entre dans aucune des cases du tableau, ce qui est précisément le problème.

L’alimentation animale ne règle pas davantage la question. Le catalogue européen des matières premières pour aliments des animaux, dans sa version issue du règlement (UE) 2022/1104, ne recense au titre du chanvre que la graine, le tourteau et l’huile de chènevis, la farine et la fibre de tiges, toujours de variétés à moins de 0,2 % de THC. Une note de bas de tableau exclut même expressément Cannabis sativa L. de l’entrée « farine de plantes fourragères ». Pour un herbivore, la nuance compte : le chanvre n’est pas un fourrage au sens du catalogue. La confusion entre huile de graines et extrait de CBD est détaillée dans notre page sur l’huile de chanvre.

04Ce que les études équines ont mesuré

La littérature vétérinaire sur le cannabidiol chez le cheval s’est étoffée depuis 2022. Elle porte surtout sur la pharmacocinétique et la tolérance, sur de petits effectifs. Les quantités administrées varient d’une étude à l’autre et nous ne les reproduisons pas : elles décrivent des protocoles de recherche, pas des recommandations.

Étude Chevaux Ce qui a été mesuré Résultat
Eichler et coll., Frontiers in Veterinary Science, 2023 (partie 1) Petits groupes, doses croissantes, en double aveugle Sédation, expression faciale, fréquence cardiaque Aucune différence significative avec le groupe témoin
Eichler et coll., 2024 (partie 2) 12, sur 15 jours Comportement, cortisol, test d’objet nouveau, embarquement en van Aucun effet statistiquement significatif
St Blanc et coll., J Equine Vet Sci, 2022 20 pur-sang, sur 56 jours Sédation, ataxie, bilan sanguin Aucune différence, aucun effet indésirable
Wang et coll., Am J Vet Res, 2025 7, sur 6 semaines Bilan sanguin, échographie et biopsie hépatiques Pas d’anomalie relevée
Sánchez de Medina et coll., Equine Vet J, 2023 8 Biodisponibilité orale Environ 14 %
Carroll et coll., Am J Vet Res, 2025 6, croisé contre placebo Seuils de douleur thermique et mécanique Seuil thermique relevé par intermittence, aucun effet sur le seuil mécanique
Interlandi et coll., Frontiers in Veterinary Science, 2024 20 atteints d’arthrose, tous sous phénylbutazone Échelle de douleur chronique Scores plus bas dans le groupe CBD, sur 14 jours

Ce tableau se lit dans deux directions. Côté tolérance, les résultats sont plutôt rassurants à court terme, sur quelques dizaines d’animaux au total. Côté efficacité, rien n’est établi : les deux essais menés en double aveugle sur le comportement, à Berlin, ne trouvent aucune différence avec le placebo, y compris lors d’un embarquement en van, la situation de stress que les vendeurs mettent le plus souvent en avant. L’étude sur l’arthrose associe le CBD à la phénylbutazone, un médicament de la douleur, sur vingt chevaux, et ne permet pas d’isoler sa part.

La biodisponibilité faible et la grande variabilité d’un animal à l’autre, relevées par plusieurs de ces équipes, expliquent pourquoi aucune grille de correspondance entre le poids d’un cheval et une quantité de produit ne peut être tirée de ces travaux. Le même raisonnement s’applique chez le chien.

05En compétition : une substance contrôlée, et des contaminations possibles

La liste des substances interdites de la Fédération équestre internationale, en vigueur au 1er janvier 2026, classe le cannabidiol et sa forme acide, le CBDA, parmi les « Controlled Medication », avec la mention « Specified Substance ». Les autres cannabinoïdes naturels, ainsi que les cannabinoïdes de synthèse, sont des substances interdites. La FEI définit les substances contrôlées comme ayant une valeur thérapeutique ou un usage courant en médecine équine, mais susceptibles d’affecter la performance ou le bien-être : elles sont interdites pendant les épreuves. Elle met aussi en garde contre les compléments dont la composition n’est pas connue, et contre tout produit à effet calmant.

Deux études récentes montrent que l’exposition peut être involontaire. Le Laboratoire des courses hippiques, à Verrières-le-Buisson, a mesuré en 2024 que des chevaux logés sur de la paille de chanvre, qu’ils peuvent manger, présentaient du CBDA dans les urines ; les auteurs recommandent de ne pas l’employer à l’approche d’une compétition, et indiquent qu’on peut distinguer cette exposition d’une administration d’huile grâce à la prédominance du CBDA. Une équipe suédoise et néerlandaise a publié en 2026 des résultats comparables après ingestion d’un aliment contaminé à faible dose : des concentrations mesurables dans le sang et les urines, très en dessous des quantités associées à un effet. Pour un cheval qui concourt, l’origine de la litière et des aliments compte autant que ce que l’on décide de lui donner.

06Ce que le vétérinaire peut faire, et que la boutique ne peut pas

Le vétérinaire examine l’animal et cherche la cause d’une boiterie, d’une douleur ou d’un comportement. Il connaît les traitements en cours, vérifie le statut de l’équidé vis-à-vis de la consommation humaine, inscrit ce qui doit l’être sur le document d’identification et dans la base SIRE, et tient compte des règles de compétition. Aucun de ces gestes n’est à la portée d’un vendeur de complément.

Si vous envisagez un produit au cannabidiol pour votre cheval, apportez au rendez-vous l’étiquette et le bulletin d’analyse du produit, la liste des traitements et compléments déjà donnés, et le calendrier des compétitions. Les mêmes précautions valent pour les autres espèces, détaillées dans notre page sur le CBD chez le chat.

La rédaction

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Information & non-prescription · Réservé aux adultes 18+ · Aucune allégation thérapeutique · THC ≤ 0,3 % · Demandez un avis médical