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CBD et Levothyrox : ce que l’ANSM dit vraiment des interactions

L'ANSM cite nommément les hormones thyroïdiennes parmi 17 classes à risque d'interaction avec le cannabidiol. Ce que dit sa liste, et ce qu'elle ne dit pas.

LR Par La rédaction Mis à jour le 25.09.2026 · lecture 9 min

La requête « cbd et levothyrox » est presque toujours tapée par quelqu’un qui prend déjà de la lévothyroxine. Les pages qui remontent sont majoritairement des blogs de boutiques, qui expliquent que les deux substances « passent par le foie » et concluent qu’un suivi médical réglera la question.

Une réponse officielle, publique et datée existe pourtant. L’agence française du médicament a nommé la lévothyroxine. Reste à voir dans quels termes, à quelle place, et ce que cette mention établit ou n’établit pas.

01Le Levothyrox figure-t-il dans la liste de l’ANSM sur le CBD ?

Oui. Dans sa publication du 11 mars 2025, l’ANSM range les hormones thyroïdiennes parmi les dix-sept catégories de médicaments pouvant interagir avec le cannabidiol, avec la lévothyroxine citée en exemple. L’agence précise que sa liste n’est pas exhaustive et demande de signaler tout usage de CBD à son médecin.

02Où exactement la lévothyroxine apparaît dans le texte de l’agence

L’actualité s’intitule « Mélanger CBD et médicaments, ce n’est jamais anodin ». Son chapeau annonce qu’utiliser un produit à base de cannabidiol en même temps que certains médicaments « peut réduire leur efficacité ou augmenter leurs effets indésirables ». Suit une énumération par classe thérapeutique. Les hormones thyroïdiennes y occupent la septième ligne, entre les antidiabétiques oraux et les immunosuppresseurs.

  • Analgésiques : tramadol, morphine, diflunisal
  • Anesthésiques généraux : propofol
  • Antiarythmiques : digoxine
  • Anticoagulants : warfarine, coumarines, fluindione, dabigatran
  • Hypolipémiants : gemfibrozil, fénofibrate, statines
  • Antidiabétiques oraux : répaglinide
  • Hormones thyroïdiennes : lévothyroxine
  • Immunosuppresseurs : everolimus, tacrolimus, sirolimus
  • Inhibiteurs de la pompe à protons : oméprazole, ésoméprazole
  • Antibiotiques : rifampicine, rifabutine
  • Antifongiques : griséofulvine
  • Myorelaxants : tizanidine
  • Antidépresseurs : amitriptyline, citalopram, escitalopram, bupropion
  • Antiépileptiques : acide valproïque, lamotrigine, phénytoïne, carbamazépine, oxcarbazépine, phénobarbital, topiramate, stiripentol
  • Antipsychotiques : clozapine, lithium
  • Hypnotiques et benzodiazépines : zolpidem, ramelteon, tasimelteon, clobazam, lorazépam
  • Traitement de substitution des opiacés : méthadone

La formule qui introduit cette liste mérite d’être lue littéralement : « À ce jour, nous savons que le CBD peut interagir avec les médicaments listés ci-dessous. Cette liste n’est toutefois pas exhaustive. » Autrement dit, y figurer signale un risque identifié, et ne pas y figurer ne signale rien du tout. Sur ce point précis, la personne sous traitement thyroïdien n’a pas à s’interroger : sa molécule est nommée.

L’agence appuie sa mise en garde sur des données de vigilance. Entre 2017 et 2023, les centres antipoison ont recensé 58 cas d’interactions entre médicaments et CBD. Sur 2021 et 2022, les centres régionaux de pharmacovigilance et les centres d’évaluation et d’information sur la pharmacodépendance ont recensé 4 cas graves.

03Ce que l’ANSM ne dit pas, et que beaucoup de pages ajoutent

La page de l’agence ne décrit aucun mécanisme. Ni cytochrome, ni enzyme nommée, ni explication classe par classe. Elle énumère, elle date, elle qualifie sa liste de non exhaustive, et elle renvoie au médecin. Les développements sur les voies hépatiques que l’on trouve ailleurs ne viennent donc pas d’elle.

Ce détail compte, parce que l’explication la plus répandue sur le web ne résiste pas à la lecture des documents officiels. Le résumé des caractéristiques du produit du Levothyrox 100 microgrammes décrit une lévothyroxine soumise à une désiodation, puis à une glycuroconjugaison et une sulfoconjugaison « essentiellement hépatiques », les métabolites étant excrétés par la bile, les fèces ou la voie rénale. De son côté, le résumé des caractéristiques du produit d’Epidyolex, le seul médicament autorisé en Europe dont la substance active est le cannabidiol, indique que celui-ci inhibe in vitro, à des concentrations cliniquement pertinentes, les CYP1A2, CYP2B6, CYP2C8, CYP2C9, CYP2C19 ainsi que les UGT1A9 et UGT2B7.

Ce qu’on lit souvent Ce que disent les documents
« Le CBD bloque le CYP3A4 qui métabolise le Levothyrox » Le CYP3A4 ne figure pas dans la liste d’enzymes inhibées à concentrations cliniquement pertinentes du RCP d’Epidyolex, et le RCP du Levothyrox ne décrit pas de métabolisme par le CYP3A4
« Les deux empruntent la même voie hépatique » Le seul point de contact documenté entre les deux textes est la glucuroconjugaison, sans qu’aucun des deux ne fasse ce rapprochement
« L’ANSM explique le mécanisme » L’ANSM ne publie aucun mécanisme, ni général ni par classe

Nous n’avons trouvé aucune publication clinique portant spécifiquement sur l’association cannabidiol et lévothyroxine, ni cas rapporté dans la littérature indexée. Le rapprochement enzymatique reste une hypothèse de lecture, pas un fait démontré. Il ne rend pas le risque plus faible : il rend l’incertitude plus grande, ce qui n’est pas la même chose et se règle avec un professionnel, pas avec une page web.

04Pourquoi la question se pose avec une acuité particulière ici

La lévothyroxine appartient à une catégorie de médicaments dont l’équilibre est fragile par construction. L’ANSM elle-même écrit, à propos du changement de formule du Levothyrox, que « la lévothyroxine étant une hormone thyroïdienne de synthèse à marge thérapeutique étroite, l’équilibre thyroïdien du patient peut être sensible à de très faibles variations de dose ». Elle réemploie l’expression dans son point d’actualité sur les médicaments à base de lévothyroxine : « En raison d’une marge thérapeutique étroite de la lévothyroxine, une surveillance clinique et biologique est indiquée en cas de passage d’une spécialité à une autre. »

Le résumé des caractéristiques du produit reprend cette logique dans ses mises en garde. Il prévoit qu’en cas de changement d’un médicament contenant de la lévothyroxine à un autre, « une surveillance étroite (clinique et biologique) doit être instaurée pendant la période de transition en raison du risque potentiel de déséquilibre thyroïdien », et que la posologie est à adapter selon les résultats de la TSH. Il rappelle aussi les conditions de prise du médicament lui-même : « le matin à jeun une demi-heure avant le petit-déjeuner, de préférence avec un peu de liquide ».

Cette dernière phrase concerne la prise du médicament, et rien d’autre. Aucune règle d’espacement avec un produit au cannabidiol ne s’en déduit, et nous n’en proposerons aucune. Le RCP liste par ailleurs des interactions documentées, résines échangeuses d’ions, sucralfate, antiacides, sels de fer et de calcium, inducteurs enzymatiques, inhibiteurs de la pompe à protons, estrogènes, inhibiteurs de protéase, lithium, amiodarone. Le cannabidiol n’y figure pas, pas plus que la lévothyroxine ne figure dans le RCP d’Epidyolex. Aucun des deux textes réglementaires ne renvoie à l’autre : seule la liste de l’ANSM les met en relation.

05Un paramètre que la discussion oublie : la dose réellement absorbée

Epidyolex est prescrit en milligrammes par kilo et par jour, jusqu’à 20 à 25 mg par kilo et par jour selon l’indication, sous surveillance hospitalière. Ce n’est pas une indication de dose et cela ne se compare pas à un produit de bien-être, mais cela situe l’ordre de grandeur auquel les données d’inhibition enzymatique ont été établies.

À l’autre bout, l’exposition réelle d’un consommateur est mal connue. Le 19 juin 2025, l’ANSM rappelait qu’une étude financée par la Mildeca en 2023, menée par les centres d’évaluation de Lyon, Paris et Montpellier, avait trouvé que 8 produits à base de CBD sur 10 ont une teneur en CBD différente de celle indiquée sur l’étiquetage. La même publication signalait plusieurs centaines d’intoxications depuis début 2024, dues le plus souvent à des cannabinoïdes de synthèse (HHC, HHC-O, H4-CBD, MDMB-PINACA) ou à un THC dépassant le seuil de 0,3 %, présents à l’insu des consommateurs. Pour quelqu’un dont le traitement se règle à de très faibles variations près, une exposition non mesurée est un paramètre en trop. Nous avons détaillé ailleurs les risques associés au cannabidiol et ses contre-indications connues.

06Que valent les témoignages de forum sur le sujet

Des fils de discussion existent, en français comme en anglais, où des personnes sous traitement thyroïdien racontent leur usage du cannabidiol. Ces récits décrivent des situations réelles et signalent parfois un problème avant la littérature. Ce qu’ils ne peuvent pas faire, en revanche, est délimité.

Un témoignage isolé ne dispose d’aucun groupe de comparaison, ne contrôle ni la composition du produit consommé ni les autres traitements en cours, et ne dit rien du dénominateur, c’est-à-dire du nombre de personnes ayant fait la même chose sans rien remarquer. Il repose souvent sur un ressenti, alors que l’équilibre thyroïdien se lit sur un dosage sanguin. Une personne qui va mieux et une personne qui va moins bien peuvent poster le même mois sur le même forum sans que l’une invalide l’autre.

Il existe une manière de transformer un témoignage en donnée exploitable, et elle est gratuite. Le portail signalement.social-sante.gouv.fr permet à un patient de déclarer lui-même un effet indésirable, sans passer par un professionnel de santé. La déclaration part au centre régional de pharmacovigilance de la zone géographique, où elle est analysée. C’est précisément ce circuit qui a produit les 58 cas et les 4 cas graves cités par l’ANSM en mars 2025. Un message sur un forum n’entre nulle part ; un signalement, si.

07À qui poser la question

À un médecin ou à un pharmacien, avec le nom du produit envisagé et l’ordonnance en main. Ce sont les seuls à disposer du dossier, du dosage de TSH, de l’historique d’équilibre et de la liste complète des autres traitements. L’ANSM ne dit d’ailleurs rien d’autre : signalez à votre médecin que vous utilisez ou envisagez d’utiliser des produits contenant du CBD.

Ce que nous pouvons écrire s’arrête là, et le reste appelle une mise en garde nette : ne modifiez ni n’interrompez un traitement thyroïdien de votre propre initiative, quelle que soit la lecture que vous faites de cette page. Si des symptômes apparaissent, la conduite à tenir se décide avec le prescripteur. Nos autres articles sur la sécurité hépatique du cannabidiol et sur ses effets indésirables les plus courants décrivent l’état des connaissances, ils ne remplacent aucun avis médical.

La rédaction

La rédaction

La rédaction de TheGreenCBD écrit et met à jour les articles du site à partir de sources publiques : textes officiels, décisions de justice, avis des agences sanitaires, études publiées, fiches produit et bulletins d'analyse. Les articles ne sont pas attribués à une personne en particulier. Notre méthode est décrite sur la page « Comment nous travaillons ».


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