Interdiction du CBD en France : ce qui est vraiment interdit en 2026 · 8 min →

Frozen hash : sift ou ice-o-lator, ce que cache vraiment ce mot

LR Par La rédaction Mis à jour le 17.08.2026 · lecture 9 min

01Le frozen, c’est quoi exactement ?

Le frozen est une résine de chanvre obtenue à froid, à partir de fleurs congelées juste après la récolte. En France, les produits vendus sous ce nom affichent moins de 0,30 % de THC. Le mot décrit l’état de la matière première, pas la méthode de séparation des trichomes, d’où des produits très différents sous une même étiquette.

C’est le point que la plupart des pages consacrées au sujet manquent. Elles présentent le frozen comme un synonyme d’ice-o-lator, donc d’une extraction à l’eau glacée. En pratique, la majorité des résines vendues en France sous le nom « frozen » ne voient jamais l’eau : elles sont tamisées à sec, à basse température. Les deux procédés donnent des produits qui n’ont ni la même texture, ni le même prix, ni le même rendement.

02Pourquoi « frozen » parle de la récolte, pas de l’extraction

À l’origine, l’expression anglaise qui circule dans le milieu est fresh frozen. Elle désigne une matière première précise : des fleurs congelées dans les heures qui suivent la coupe, sans passer par la phase de séchage habituelle. L’intérêt est mécanique et non thérapeutique. Le séchage à l’air libre laisse s’évaporer une partie des terpènes, les molécules volatiles responsables de l’odeur. Congeler la fleur fraîche fige cette fraction aromatique avant qu’elle ne parte.

C’est cette matière que les producteurs appellent ensuite « frozen ». Le mot répond donc à la question « d’où vient la matière ? », pas à la question « comment les trichomes ont-ils été séparés ? ». Une fois la fleur congelée, deux chemins existent, et les deux sont commercialisés en France sous des noms voisins.

La confusion est entretenue par les guides eux-mêmes. Deux des pages françaises les mieux positionnées sur la requête décrivent le frozen uniquement comme une extraction à l’eau glacée passée sur des tamis de 45 à 220 microns, sans mentionner une seule fois le tamisage à sec. Or les fiches produit des mêmes boutiques décrivent, elles, un tamisage statique. Le vocabulaire des articles et celui des rayons ne coïncident pas.

03Deux familles derrière la même étiquette

La première famille repose sur l’eau. La matière congelée est immergée dans de l’eau glacée puis agitée, ce qui détache les têtes de trichomes, récupérées ensuite au tamis puis séchées. C’est ce que le marché appelle ice-o-lator, ice hash ou bubble hash. Une même boutique peut vendre le produit sous le titre « frozen hash » tout en gardant « ice-o-lator » dans son adresse de page, ce qui montre à quel point les deux mots sont devenus interchangeables côté commerce.

La seconde famille n’emploie pas d’eau du tout. La matière congelée est tamisée à sec, parfois avec l’aide de l’électricité statique, sur des toiles de plus en plus fines. Le résultat est vendu sous les noms « frozen sift » ou « frozen hash static ». Le froid ne sert pas ici à laver la matière mais à rendre les trichomes cassants, donc plus faciles à décrocher.

Quatre fiches produit publiques de boutiques françaises, relevées en août 2026, donnent la mesure de l’écart entre des articles qui portent tous le même mot :

Produit tel qu’il est vendu Séparation décrite par le vendeur Eau CBD annoncé Prix d’appel au gramme
Frozen Sift 20 % Tamisage à froid sur fleurs congelées Non 20 % 1,29 à 2,22 €
Frozen Sift 80 % Tamisage du pollen à 45 microns Non 80 % 3,90 €
Frozen Hash Static Tamisage statique sur matière fresh frozen Non 50 % (CBD et CBG cumulés) 5,45 €
Frozen Hash 40 % Immersion en eau glacée, agitation, tamisage Oui 40 % 6,90 €

Un rapport de un à quatre sur la teneur annoncée, un rapport de un à cinq sur le prix d’appel, et deux principes de séparation opposés. Le mot « frozen » sur une étiquette ne permet donc de déduire ni la concentration, ni le procédé, ni le positionnement tarifaire. Il faut lire la description, et elle n’est pas toujours écrite.

04Frozen drogue, frozen weed, le frozen : d’où viennent ces recherches

Beaucoup de personnes tapent « frozen drogue » ou « drogue frozen » parce qu’elles ont vu le mot sur un sachet ou dans une conversation et cherchent à savoir de quoi il retourne. La réponse tient en une ligne : « frozen » n’est pas un statut juridique, c’est une technique. Un frozen issu de chanvre autorisé et sous le seuil de THC relève du cadre légal français ; un frozen fabriqué à partir de cannabis riche en THC est un stupéfiant, quelle que soit la finesse de son tamisage. Le procédé est identique dans les deux cas, seule la plante de départ change, ce qui rejoint la différence entre CBD et THC.

La requête « frozen weed » recouvre autre chose : elle mélange la matière première congelée par le producteur et la question, très différente, de mettre soi-même ses fleurs au congélateur. Les deux gestes n’ont rien à voir. Le producteur congèle une fleur fraîche et humide pour la transformer aussitôt. Un particulier qui congèle une fleur déjà séchée risque surtout de casser les trichomes devenus fragiles et de créer de la condensation à la sortie, sujet traité dans nos repères sur la conservation des fleurs.

05Ce que dit le droit français

L’article 1er de l’arrêté du 30 décembre 2021 fixe la règle qui s’applique à toutes les résines : « La teneur en delta-9-tétrahydrocannabinol des extraits de chanvre, ainsi que des produits qui les intègrent, n’est pas supérieure à 0,30 %. » Le même article limite l’activité aux variétés de Cannabis sativa L. inscrites au catalogue commun européen ou au catalogue français, cultivées à partir de semences certifiées, ce que détaille notre page sur les variétés de chanvre autorisées.

Le même arrêté interdisait au départ la vente aux consommateurs des fleurs et des feuilles à l’état brut. Le Conseil d’État a annulé cette interdiction le 29 décembre 2022, dans sa décision n° 444887, en retenant que le CBD n’a pas d’effet psychotrope, que les données disponibles ne démontraient pas de risque sanitaire justifiant une interdiction générale, et que des tests rapides permettent aux services de contrôle de distinguer les variétés. Le seuil de 0,30 % de THC, lui, n’a pas été touché : il reste la ligne de partage.

Le cas des « frozen » à cannabinoïdes de semi-synthèse

Certaines boutiques ont proposé des résines présentées comme du « frozen HHC » ou du « frozen 10-OH-HHC ». Ces molécules n’entrent pas dans le cadre décrit plus haut. Les cannabinoïdes de semi-synthèse construits sur le noyau benzo[c]chromène ont été classés comme stupéfiants par deux décisions du directeur général de l’ANSM, du 22 mai et du 3 juin 2024, classement validé par le Conseil d’État le 6 juin 2025. L’ANSM cite d’ailleurs le HHC, le HHC-O et le H4-CBD parmi les substances retrouvées dans des produits vendus comme contenant du CBD.

06Lire une fiche produit frozen sans se faire piéger

Le taux affiché

Le chiffre en gros sur la fiche est une annonce du vendeur, pas un résultat opposable. Dans son point du 19 juin 2025, l’ANSM rappelle qu’une étude conduite en 2023 par les centres d’addictovigilance de Lyon, Paris et Montpellier a trouvé, sur dix produits au CBD, huit dont la teneur diffère de celle indiquée sur l’emballage. L’agence relève également plusieurs centaines d’intoxications depuis le début de 2024, dues le plus souvent à des cannabinoïdes de synthèse non déclarés ou à un THC au-dessus du seuil. La question à poser à un vendeur n’est donc pas « quel est le taux ? » mais « quel est le numéro de lot, et où est l’analyse correspondante ? ».

Le chiffre en microns

Sur les frozen tamisés, une valeur en microns accompagne souvent le nom : 45, 73, 90, 120, parfois 160 ou 220. Elle décrit l’ouverture de la toile, donc le calibre de ce qui est passé au travers, et rien d’autre. Les repères couramment employés placent les fractions de 220 à 160 microns du côté de la matière végétale résiduelle, 120 microns en fraction commerciale courante, et 90 à 73 microns en fraction dite premium. En dessous, entre 45 et 25 microns, on est sur une filtration ultra fine.

Deux conséquences pratiques. D’abord, un chiffre plus bas n’est pas mécaniquement un meilleur produit : il indique une sélection plus étroite, pas une matière plus propre au départ. Ensuite, deux résines étiquetées « 45 microns » chez deux producteurs différents ne sont pas comparables, puisque le nombre qualifie l’outil et non le résultat. C’est la même logique que pour reconnaître une résine de qualité : ce sont la couleur, l’odeur et l’absence de résidu végétal qui parlent, pas l’argument technique isolé.

Le prix

Les tarifs d’appel relevés en août 2026 sur des boutiques françaises s’échelonnent de 1,29 à 6,90 euros le gramme selon la quantité, le taux annoncé et le procédé, l’extraction à l’eau se situant dans le haut de cette fourchette. Les chiffres beaucoup plus élevés que l’on croise encore dans des articles anciens ne correspondent plus au marché français actuel.

07Conserver une résine extraite à froid

Un frozen est un concentré de trichomes, donc de composés volatils et sensibles à l’oxydation. Trois facteurs le dégradent : la lumière, l’oxygène et les variations de température. Un contenant opaque et hermétique, tenu à l’abri de la lumière directe et dans une pièce dont la température ne varie pas brutalement, couvre l’essentiel des cas. Si le produit a été stocké au froid, le laisser revenir à température ambiante avant d’ouvrir le contenant évite la condensation à la surface.

08Les précautions qui valent pour tout extrait de chanvre

Le cannabidiol n’est pas autorisé comme nouvel aliment au titre du règlement européen 2015/2283. Aucune allégation de santé ne peut donc lui être associée, et aucun usage alimentaire n’est validé à ce jour.

Sur le plan des interactions, l’ANSM a publié le 11 mars 2025 une liste, présentée comme non exhaustive, de dix-sept catégories de médicaments pour lesquelles un risque d’interaction avec le cannabidiol est identifié, dont les hypolipémiants. L’agence mentionnait alors 58 cas remontés aux centres antipoison entre 2017 et 2023. Une personne sous traitement a donc un motif concret d’en parler à un professionnel de santé avant d’envisager un produit au CBD.

Enfin, un produit conforme au seuil de 0,30 % contient malgré tout du THC en quantité résiduelle. Cela n’a pas d’incidence sur sa légalité, mais la conduite relève d’une autre règle, celle de la tolérance zéro appliquée au dépistage, sujet que nous traitons dans notre page sur le test salivaire au THC.

La rédaction

La rédaction

La rédaction de TheGreenCBD écrit et met à jour les articles du site à partir de sources publiques : textes officiels, décisions de justice, avis des agences sanitaires, études publiées, fiches produit et bulletins d'analyse. Les articles ne sont pas attribués à une personne en particulier. Notre méthode est décrite sur la page « Comment nous travaillons ».


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Information & non-prescription · Réservé aux adultes 18+ · Aucune allégation thérapeutique · THC ≤ 0,3 % · Demandez un avis médical